Par Dr Latifa Aboulmajd (Gynécologue – N° 03-0311750).
Selon le dernier rapport du Ministère de la Santé et de l’Institut de Santé Carlos III sur la surveillance épidémiologique des infections sexuellement transmissibles (IST) en Espagne, une augmentation généralisée de toutes les IST surveillées a été observée, en particulier la gonorrhée et Chlamydia trachomatis. Le même rapport souligne que cette hausse est particulièrement marquée chez les personnes âgées de 15 à 24 ans.
En 2023, un total de 88 602 cas d’infections sexuellement transmissibles a été déclaré : la gonorrhée a augmenté d’environ 43 % entre 2021 et 2023, la syphilis de 24 %, et la chlamydia a connu une croissance annuelle de 20,7 % entre 2016 et 2023.
Mais au-delà de l’impact général que la contraction d’une IST peut avoir sur la santé, comment ces maladies affectent-elles la fertilité ?

Les infections sexuellement transmissibles (IST) peuvent avoir un impact très important sur la fertilité féminine, en particulier lorsqu’elles ne sont pas détectées et traitées à temps. La chlamydia et la gonorrhée, par exemple, peuvent provoquer une maladie inflammatoire pelvienne, susceptible d’entraîner la formation de cicatrices et d’adhérences obstruant les trompes de Fallope, empêchant ainsi la rencontre entre l’ovule et le spermatozoïde.
De son côté, la syphilis peut entraîner des complications pendant la grossesse, telles que des fausses couches ou des accouchements prématurés. Quant au virus du papillome humain (VPH), il peut être responsable de modifications cellulaires au niveau du col de l’utérus qui, si elles ne sont pas traitées, peuvent évoluer vers un cancer du col de l’utérus.
Chez l’homme, la chlamydia et la gonorrhée peuvent provoquer une inflammation de l’épididyme (épididymite) et des testicules (orchite), ce qui peut endommager les tissus et affecter la production de spermatozoïdes. De plus, lorsque cette inflammation devient chronique, elle peut entraîner une obstruction des canaux transportant les spermatozoïdes, empêchant leur éjaculation normale.
Le VPH peut provoquer des altérations du sperme, affectant la qualité des spermatozoïdes, tandis que la syphilis et l’herpès génital peuvent entraîner une inflammation et une cicatrisation des organes reproducteurs, avec un impact négatif sur la production et la qualité du sperme.
La meilleure manière de protéger notre santé et notre fertilité est de prévenir ce type d’infections. L’utilisation de préservatifs et la vaccination réduisent considérablement le risque de contamination, mais il est également important de réaliser des dépistages réguliers des IST, en particulier lorsque l’on a plusieurs partenaires sexuels.

Il est également essentiel d’éviter les comportements à risque, tels que le partage de seringues — pouvant transmettre des infections comme le VIH et l’hépatite — ou d’utiliser des lubrifiants adaptés, à base d’eau ou de silicone, afin d’éviter la rupture du préservatif pendant les rapports sexuels.
Bien entendu, la détection précoce de ces infections est cruciale pour préserver la fertilité, tant chez les hommes que chez les femmes. Un traitement rapide permet de prévenir des complications graves, d’améliorer la qualité du sperme et la santé des ovules, et de réduire le risque de transmission à d’autres personnes.
Les techniques de procréation médicalement assistée peuvent être très utiles pour les personnes atteintes d’infections sexuellement transmissibles. La fécondation in vitro (FIV), par exemple, permet la séparation et le traitement des gamètes (ovules et spermatozoïdes) dans un environnement contrôlé, réduisant ainsi le risque de transmission de l’infection.
De plus, l’injection intracytoplasmique de spermatozoïdes (ICSI), qui consiste à injecter directement un spermatozoïde dans un ovule, est particulièrement indiquée lorsque la qualité du sperme est altérée en raison d’une IST. Par ailleurs, le lavage de sperme est utilisé dans les cas d’infections telles que le VIH, afin d’éliminer les particules virales avant l’insémination.
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